En mobilisant les données longitudinales du World Values Survey sur sept vagues (1981–2022) et en comparant l’Europe occidentale, l’Amérique du Nord et l’Europe centrale et orientale, cette note propose une lecture des transformations contemporaines des valeurs politiques, sociales et morales. Elle montre que les sociétés occidentales ne suivent pas simplement des trajectoires régionales divergentes, mais se fragmentent de plus en plus en interne, selon des lignes politiques, générationnelles et de genre.

Trois dynamiques structurelles se dégagent. D’abord, une dissociation croissante entre attachement normatif à la démocratie — qui demeure élevé — et confiance dans ses institutions concrètes, qui s’érode de manière continue. Cette défiance institutionnelle est désormais davantage structurée par l’identité partisane que par des variables socio-démographiques classiques, rendant la légitimité des institutions objet de conflit plutôt que bien commun. Ensuite, une privatisation du capital social : les liens familiaux et amicaux se renforcent tandis que les formes de sociabilité civique et transversale s’affaiblissent, réduisant la capacité des sociétés à produire de la coopération au-delà des cercles de proximité. Enfin, une libéralisation des valeurs morales et sociétales qui, loin d’être consensuelle, est devenue structurellement conflictuelle, traversée par un clivage de genre générationnel inédit et, en Europe de l’Est, par un reflux conservateur partiel.

Ces trois dynamiques convergent vers un même diagnostic : celui d’une stabilité précaire, où la démocratie est désirée en principe mais largement fragilisée dans ses fondations institutionnelles et sociales.

Une interface interactive en ligne développée à l’occasion de cette note permet d’explorer l’ensemble des données mobilisées ici selon les vagues, les espaces géographiques et les profils des répondants.

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