Récit biographique
Aujourd'hui, j'écris ce souvenir. Des années ont passé. Mais ce jour-là, dans la Panda verte de mon épouse, je ne savais pas encore que la routine allait basculer.
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C'est l'été. Début d'après-midi. On se prépare pour les courses. L'Intermarché Contact, à trois kilomètres, c'est pratique, mais il ne couvre pas tous nos besoins. Alors on va plus loin.
Quatorze heures. Je tourne la clé, la petite Panda tousse un peu puis démarre. On passe le portail, direction Chancelade. La route monte doucement entre les champs. C'est plus long, mais la campagne est plus belle par ici. La routine des courses-promenade.
On n'a pas roulé deux kilomètres. On est encore dans le voisinage. Ça roule tranquille. L'été cogne, la vitre est ouverte, l'air sent l'herbe sèche et la terre chaude.
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Tout à coup, un homme sort d'une propriété. Un masque hideux. Il agite les bras.
Au premier abord, je pense à un jeune qui fait une blague. Après tout, c'est les vacances, les gamins s'ennuient, ils cherchent à surprendre les voitures.
Mais quelque chose cloche.
Je pile à une centaine de mètres. Je passe la marche arrière. Mon instinct d'infirmier s'éveille et prend les commandes.
Dans le rétroviseur, plus personne sur la route. Je recule doucement vers la propriété. Et là, il réapparaît.
Je suis sidéré.
Ce n'est pas un masque.
IL EST DÉFIGURÉ.
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Soudain, tout s'éclaire. Il n'agissait pas pour nous surprendre. Il appelait à l'aide. Il n'a plus de maxillaire inférieur. Sa langue pend, obscène, dans le vide. Un drame vient de se jouer ici, dans cette maison tranquille.
L'homme est dans son jardin. Il est choqué, visiblement affaibli. Il me désigne l'entrée de sa maison. Je vois la porte grande ouverte. Un trou noir.
Un voisin s'approche de moi, le visage blanc comme un linge.
— J'ai entendu des coups de fusil, dit-il d'une voix qui tremble.
Je lui demande d'appeler les secours. Puis je me tourne vers l'homme blessé. Je le fais asseoir sur le gazon, le dos contre un arbre. Le soleil tape. L'herbe est sèche sous mes doigts. Il ne dit rien, il est docile, il suit mes consignes du regard.
Je prends ses constantes. Elles sont stables. Il souffre, c'est évident, mais il n'est ni agressif ni surexcité. Juste un homme qui a traversé l'enfer et qui attend.
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Je me décide à m'approcher prudemment de l'entrée de sa maison. Je jette un coup d'œil.
Je suis choqué par l'horreur de la scène. Du sang partout. Au plafond, sur les murs. Sa femme gît là. Le premier coup de feu lui a sectionné le cou. La tête ne tient plus que par un lambeau.
C'était terminé pour elle.
Je retourne vers l'homme blessé. J'en déduis qu'après avoir tiré sur sa femme, il a tenté de mettre fin à ses jours. Le fusil a dû dévier, ou il a flanché au dernier moment. Il est resté là, vivant, défiguré, seul avec son acte.
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Les secours arrivent. Les pompiers d'abord, puis le SAMU. Ils lui posent une voie veineuse, décident de le sédater. Puis l'hélicoptère arrive pour le transférer à l'hôpital.
Je reste là, un moment, à regarder le ciel vide. L'été continue, indifférent. Les oiseaux chantent. La Panda verte est garée sur le bas-côté, comme si de rien n'était.
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Aujourd'hui, j'écris ce souvenir. Preuve que j'avais besoin d'en parler, bien des années après.
C'étaient des personnes sans histoire, comme on dit. Personne n'aurait pu imaginer. Un homme calme, disait-on. Et puis un jour, tout bascule.
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Mon épouse, qui était avec moi dans la Panda ce jour-là, a été longtemps perturbée par ce qu'elle a vu. Moi aussi, je mentirais en disant que ça ne m'a pas travaillé.
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