JOURNAL 19 octobre 2026
11:00 téléphone laconique Voulez vous bien sortir un instant ? À l'entrée du terrain – je ne peux pas l’appeler jardin il n’y a que des graviers, une énorme voiture noire, c'est un suv je crois. Je descend sur la pierre de seuil la portière arrière s'ouvre. ok. Je me retourne, A me fait un petit signe de la main et j'y vais. L’inévitable capitaine est là qui me fait signe de m'asseoir avec son sourire qui cette fois ne me paraît pas narquois.
Vous voyez qu'on se retrouve, me dit-il, je suis content de vous revoir. Vous savez qu’on vous estime beaucoup ? Et moi je vous aime bien même si je sais que je vous agace. Mais c'est une opinion personnelle nous ne sommes pas là pour ça. La voiture a démarré et roule au ralenti, on n’entend aucun bruit. Nous savons que vous acceptez notre offre, mais je dois l’entendre de votre bouche. Acceptez-vous d'accompagner madame xxx (il prononce son nom à la perfection) dans sa mission en Ukraine ? Répondez par oui ou par non... Je vous remercie. Nous vous demandons de protéger madame (de nouveau parfait) de ne permettre à personne de l’approcher ou de la toucher qui ne soit identifié avec certitude. Du moment où vous embarquerez dans l’avion au moment où vous remettrez les pieds au Japon, personne de plus, dès l'embarquement, vous vous exprimerez exclusivement en Japonais vous oublierez que vous maîtrisez d'autres langues. Vous voyagerez en tant que secrétaire de madame xxx, petite japonaise ordinaire. À votre départ nous vous remettrons un téléphone de service en échange de votre téléphone personnel, il sera rigoureusement interdit de l'utiliser pour un usage privé. Il me donne alors 3 séries de chiffres à retenir dans l'ordre. Je dois les mémoriser. Suivent quelques directives dont je ne dois pas parler. Il me demande de répéter les chiffres dans l’ordre. Parfait. Pendant tout ce temps je voyais le chauffeur jeter des coups d’œil dans le rétro intérieur. Sur un signe de tête la voiture s'arrête et exécute un demi-tour, on rentre. – Puisque vous ne demandez rien pour vous, je vais quand même vous dire ceci : nous n’avons pas vu venir le deuil qui vous a frappées, nous ne pouvons pas surveiller tous les hommes jaloux du Japon mais je vous promets que nous ferons tout pour retrouver votre amie si elle est trouvable et nous ferons en sorte qu'elle ait une sépulture décente. D’autre part, puisque vous vous posez la question, nous ne sommes absolument pour rien dans l’irruption de votre délicieuse protégée. Enfin je vous remercie pour votre collaboration et vous précise afin de ne pas brusquer vos respectables convictions politiques que vous ne collaborez pas à un gouvernement mais pour une autorité qui dépasse les partis, que je vais nommer : le Japon. Eh oui comme vos ancêtres que vous reniez pourtant.
La voiture était arrivée devant l'entrée à nouveau et manœuvrait pour pouvoir repartir. Il m'a souri franchement. — C’est la première fois je crois qu’on emploie une petite souris dans un français parfait ! Rassurez-vous nous ne lisons pas tout, seulement les choses qui nous intéressent. J'étais sortie sans un mot un peu sonnée — Attendez ! les trois codes dans le sens inverse svp ... — bien. Je vous aime bien vous savez ?
Hop la voiture a démarré sans bruit, électrique sans doute. J'avoue j’étais un peu sidérée. Jene sais pas quoi penser exactement. Je ne pense pas qu’il se foute de moi. J’ai tout raconté à ma chérie. Puis son téléphone de service a sonné. Elle a rendez-vous au sous-sol demain matin elle recevra ses instructions définitives. Le type au bout l'a remerciée sur le même ton que mon contact quelques minutes avant. Voilà. On est embarquées on sait pas dans quoi mais ensemble, alors on y va.