D’abord la colère.
Parce qu’il est encore possible de lutter. De chercher un responsable. De croire qu’en serrant les poings assez fort, le passé changera d’avis.
Puis vient la tristesse.
Quand la colère n’a plus rien à brûler, il ne reste que les cendres. On regarde ce qui s’est effondré. Les rêves deviennent des souvenirs. Les souvenirs deviennent de la poussière. On comprend enfin l’étendue de ce qui est perdu.
Puis vient le désespoir.
Non pas celui qui crie, mais celui qui ne demande plus rien. Le moment où l’on cesse d’imaginer une autre fin. Où l’on accepte que certaines histoires ne reviendront jamais.
Puis vient le vide.
Étrangement, il n’est plus douloureux. Il est simplement immense. Comme un champ après la moisson. Plus rien ne pousse encore, mais plus rien ne se bat non plus.
Puis vient le calme.
Le premier rayon de soleil ne réchauffe pas encore. Il rappelle seulement que le soleil existe toujours.
Alors naît une curiosité.
On relève un peu les yeux. On remarque un arbre, une odeur, un rire au loin. Le monde recommence à entrer sans demander la permission.
Puis revient le plaisir.
Celui d’un café chaud. D’une conversation. D’un livre. D’une promenade. Rien d’extraordinaire. Juste le goût discret d’être vivant.
Puis revient la confiance.
On cesse de regarder derrière soi à chaque pas. L’avenir redevient un territoire plutôt qu’une menace.
Puis revient l’amour.
Pas celui qui remplit un manque. Celui qui déborde d’un cœur redevenu paisible. Un amour qui ne cherche plus à sauver, à posséder ou à retenir. Un amour qui peut enfin laisser l’autre libre.
Et enfin revient la joie.
Pas l’euphorie.
La joie tranquille de celui qui a traversé la nuit et qui ne craint plus le lever du soleil. La joie de savoir que les montagnes russes continueront leurs montées et leurs descentes, mais qu’au fond de soi, il existe désormais un endroit qui ne quitte plus jamais la lumière.
