Mon enfant,

On te dira souvent qu’il faut devenir un pour cent meilleur chaque jour.

C’est une belle phrase. Elle rassure. Elle donne l’impression que la vie est une équation. Que si tu fais aujourd’hui un peu mieux qu’hier, alors demain te récompensera forcément.

La vérité est plus belle encore.

Parce que la vie ne compte pas.

Elle regarde.

Elle regarde où tu marches.

Regarde les arbres.

Ils ne grandissent pas chaque matin de la même façon. Certains jours, le vent les plie. Certains hivers semblent les arrêter complètement. Pourtant, sous l’écorce, là où personne ne voit rien, les racines continuent leur ouvrage silencieux.

Si tu passais devant eux chaque jour, tu croirais qu’ils ne changent pas.

Puis un printemps, tu lèverais les yeux et tu te demanderais quand ils sont devenus si grands.

Les hommes ressemblent davantage aux arbres qu’aux calculatrices.

Tu connaîtras des journées où tout paraîtra facile. Tu apprendras vite. Tu aimeras profondément. Tu te sentiras capable de déplacer des montagnes.

Et tu connaîtras aussi des journées où sortir du lit sera déjà une victoire.

Ne méprise jamais ces journées là.

Elles apprennent quelque chose que les bonnes journées ignorent.

La fidélité.

Je ne veux pas que tu cherches à devenir meilleur chaque jour.

Je veux que tu reviennes chaque jour.

Revenir vers ce qui est juste.

Revenir vers ceux que tu aimes.

Revenir vers la vérité quand ton orgueil t’en éloigne.

Revenir vers ton corps lorsqu’il te demande du repos.

Revenir vers ton âme lorsqu’elle s’est perdue dans le bruit du monde.

Le monde admire ceux qui courent.

Moi, j’admire ceux qui reviennent.

Parce que revenir demande davantage de courage que partir.

Tu verras des personnes avancer très vite.

Ne les envie pas trop vite.

Certaines avancent parce qu’elles fuient.

On peut parcourir une immense distance tout en s’éloignant de soi.

Il existe une différence immense entre accélérer et grandir.

Grandir demande parfois de ralentir.

De s’asseoir.

D’écouter.

De reconnaître que l’on s’est trompé.

Les saisons ne sont pas des erreurs de la nature.

Pourquoi voudrais tu que les tiennes le soient ?

L’hiver n’est pas un échec de l’arbre.

Il est la préparation invisible du printemps.

Alors lorsque tu tomberas, ne compte pas les jours perdus.

Regarde plutôt ce que la chute t’a appris à porter.

Si tu t’entraînes avec un mauvais geste, tu deviendras très bon… à faire un mauvais geste.

Si tu nourris chaque jour une peur, elle deviendra une prison solide.

Si tu répètes chaque jour une colère, elle finira par parler à ta place.

La régularité est une force immense.

Mais elle ne choisit jamais sa direction.

Elle amplifie simplement ce que tu lui donnes.

Voilà pourquoi je me soucie moins de ta vitesse que de ton cap.

Un navire peut traverser l’océan avec une voile déchirée.

Il ne traversera jamais s’il pointe vers le mauvais horizon.

Ne cherche donc pas la perfection quotidienne.

Cherche l’orientation juste.

Les petits pas ne sont pas puissants parce qu’ils sont petits.

Ils sont puissants parce qu’ils sont fidèles à une même lumière.

Et si un jour tu oublies cette lumière, si la vie te fatigue, si tu doutes de toi, alors arrête toi un instant.

Respire.

Regarde autour de toi.

Puis fais simplement le prochain pas.

Pas le plus grand.

Pas le plus impressionnant.

Le prochain.

Je serai toujours plus fier de toi pour un pas honnête que pour cent pas accomplis afin d’impressionner les autres.

Car une personne ne devient pas grande en additionnant ses victoires.

Elle devient grande en restant fidèle à ce qui est vrai, même lorsque personne ne regarde.

Et c’est cette fidélité, bien plus que tous les pourcentages du monde, qui finit doucement par transformer une vie entière.