13.
Mon plâtre empêchait le foot, on était en 1960, je me mis à dessiner, avec passion. Soudain je découvris qu’avec un crayon on pouvait écrire le monde, qu’on pouvait aussi le copier. Je copiais les images qui me plaisaient. Les billets de banque ! Le billet de 500 francs Victor Hugo me fascinait. C’était du reste le seul susceptible de passer entre mes mains. Pour obtenir le craquant du papier j’utilisais du papier toilette, à cette époque il était bis et raide.
J’avais des amis, je me civilisais. J’étais même très bon élève en français. Avec mon plâtre j’eus un certain succès. Et puis un beau matin papa était parti. J’avais 10 ans ½. En Afrique parti, au Libéria. Pour en ramener des diamants parait il. Il en avait fabriqué des diamants, noirs, industriels, avec des associés qui avaient pris soin de prendre les brevets à leurs noms et mettre les dettes au sien. Les créanciers devenaient trop insistants. Bref, c’était la dèche.