Je ne suis pas un grand fan des IA, on pourrait même dire que je suis globalement contre.
Je suis un type de la vieille génération. J'aime bien l'idée de maîtriser l'outil que l'on utilise pour créer. Que ce soit ses mains pour tourner un bol, une gouge pour graver le bois, une truelle pour monter un mur[1], un stylo pour écrire, un appareil photo pour photographier[2]… Parce que lorsqu'on maîtrise un outil, il fait partie de votre corps. L'esprit se connecte à la main et inversement. Tout acte manuel devient intelligence. Ainsi, déléguer son intelligence à une machine me semble suspect.
Dans certains domaine, ça peut être utile, comme en médecine ou en recherches scientifiques, mais, c'est un peu de l'ordre du super-calculateur, ça fait gagner du temps.
En dehors de ça, pour la surveillance de masse, pour la création artistique, pour l'optimisation des chaine de production matérielle et intellectuelle, pour le soutien psychologique… je vois pas l'intérêt, j'y vois même de la prédation, de la destruction, de la manipulation, pour le dire pompeusement, un appauvrissement de l’humanité.
J'ai tout de même tenté de faire quelques essais, parce que là aussi, j'aime bien que la réflexion soit incarnée, qu'elle passe par le corps, par l'expérience. J'ai pris deux photos de mes archives et j'ai demandé des trucs simples (et un peu clichés).

“Couvrir de fleurs colorées une vieille tour” et “Transformer un paysage urbain new yorkais en paysage post apocalyptique”.

Ce ne sont pas des demandes qui débordes d'imagination, certes, mais elles ont le mérite d'être claires, et de plus, d'être suffisamment documentées par la culture populaire de ces 30 dernières années.
Le résultat est particulièrement moche et kitch. On pourrait dire que ça manque d'imagination (mais ça c'est normal pour une machine). C'est tellement conforme à ce que l'on connait déjà.
Dans un tout premier temps, ça semblait amusant. Chaque technologie apporte sa forme d'esthétisme qui peuvent avoir un certain charme[3]. Là, ça le fait pendant quelques mois et après on s'en lasse très vite.
Soit, j'ai besoin d'une image, le plus souvent une photo quand c'est possible, sinon un dessin[4], pour me rapporter un fait réel. Soit, j'ai besoin d'une interprétation du monde qui va transcender le réel. Ça peut être un son pour habiller mon environnement ou me faire danser. Un tableau pour me bousculer en bien ou en mal, ouvrir mon imagination, “ouvrir des portes” comme on dit, comme augmenter mes capacité de perception et de compréhension du monde.
L’IA essaie de vendre l’IA. Son utilité étant loin d’être prouvée, ses concepteurs tentent de l’imposer partout et surtout là où l’époque penche…[5]
Les images générées par IA me ramènent au dans un présent sans avenir, m'enferment dans une normalité sans imagination. Soit tout l’inverse de l’intérêt de la vie.
Même une visseuse, à moins d’avoir des centaines de visses à visser, me semble déjà un outil inutile. Pendant que la main visse, le cerveau réfléchi au serrage, à la résistance du matériaux et à l’étape suivant des travaux↩︎
Je suis passé à l’autofocus, pour les reportages de commande, lorsque celui-ci a enfin atteint un niveau technique permettant d’aller plus vite qu’à la main, et, aujourd’hui, pour des problèmes de vues qui ne me permettent plus d’avoir une image net avec certitude↩︎
Comme par exemple, les filtres d'époques sur les photos qui en transforment l’atmosphère ; le son de certains ampli ou instruments qui redonnent la couleur d’une époque ; un enduit particulier sur un mur pour garder une certaine patine…↩︎
Comme ceux de XX sur les camps de concentration nazis avec Louis Bissinger (1899-1978) pour Buchenwald ; Jeanne Léonie Antoinette Letourneau (1895-1979) pour Ravensbrück ; Gino Gregori (1906-1973) pour Mathausen ou Boris Taslitzky (1911-2005) pour Auschwitz que l’on pourra revoir au Musée de l’Armée↩︎
Reconnaissance faciale de masse ; contrôle et répression, dans un premier temps des pauvres, puis du reste de la population…↩︎