Il fut un temps où les réseaux sociaux étaient ouverts. Lorsque vous créiez un compte quelque part, il vous était proposé de le synchroniser avec tout un tas d'autres réseaux ailleurs.

Comme on pouvait publier par email, J'ai ouvert une adresse sur Gmail pour réaliser ces inscriptions, et activé sur tous ces comptes, les notifications.

Chaque réseaux envoyait un email pour dire que le post avait bien été publié, qu'il avait été repris sur une autre plateforme, les plateformes m'envoyaient un mail comme quoi elles avaient publié un nouveau post et tout ça étaient encore repostés par email sur les différents réseaux.

Je ne sais plus pourquoi mais Gmail, je ne pouvais pas republier sur les différents réseaux, j'ai donc ouvert un compte mail sur La Poste. Gmail redirigeait sur La Poste et La Poste publiait sur les plateformes.

Ainsi, par exemple, en publiant sur Facebook, ça pouvait republier les articles directement sur les autres plateformes ainsi que par email.

Il y avait aussi des services qui se chargeaient de centraliser les republications sur encore plus de plateformes.

Et ainsi de suite…

Par email, par post, par republication, par les notifications, par les services de centralisation… tout le monde publiait dans tous les sens.

On arrivait ainsi rapidement, en ne publiant qu'un seul message, à un retour de plus de 200.

Ça formait une espèce de nuage numérique, parfaitement inutile, qui ne cessait de grossir par lui-même.

Au début j'avais essayer de comprendre le cheminement de tout ça. En publiant par exemple sur Tumblr avec un titre identifiable pour voir comment et combien de fois il était repris, mais rapidement cela s'est avéré impossible à suivre.

J'ai pu ainsi faire fonctionner ce système pendant quelques semaines avant qu'être accusé de spam et d'être bloqué.

Déjà à l'époque, on voyait se dessiner une trajectoire négative de tous ces réseaux. Le but n'était plus ce qu'on publiait mais comme le message était diffuser, dupliqué, amplifié…

Une fois que chacun eu ouvert un compte quelque part, tout s'est refermé : fini de jouer, maintenant, il fallait être rentable.

Le brouillard numérique s'est alors abattu sur nous pour parasiter nos vies. Ainsi, nos âmes et nos corps ont été colonisés pour l'extension des profits des milliardaires.