À chaque renouveau de manifs, c'est la même rengaine, il faut flouter les visages des manifestants, voir même ne plus faire de photo du tout.

Si on écoutait les donneurs de leçons gauchos, on arriverait au monde souhaité par les fachos. Plus d'information, plus de rapport au réel, un seul canal d'information…

La violence des manifestations serait toujours la bonne, face à celle de l'Etat et de sa police. Dans ce cadre là, qu'en sera-t-il le jour où nous aurons des manifs de fachos qui casseront des vitrine de boutiques juives ? Pas d'image là non plus ?

En 1986, lors des manifs étudiantes contre la loi Devaquet, alors que Jacques Chirac était premier ministre et Charles Pasqua ministre de l'intérieur, les journalistes de télévision avaient remarqué un manifestant avec une écharpe jaune qui lançait des projectiles sur les CRS. Ce même manifestation n'était jamais inquiété lors des charges des policiers sur les étudiants, et même, on le retrouvait sur différents terrains de manifestation. Ces images avait alors permis de démontrer qu'il y avait bien des “agents provocateurs” envoyés pour décrédibiliser les étudiants. Et s'il n'y avait pas eu d'images ?

On n'a pas eu ce genre de débat pour les gilets jaunes. Peut-être parce que ce mouvement est parti socialement de couches de la société que les révolutionnaires de salon ne fréquentaient pas et qu'ensuite, récupéré en partie par l'extrême droite, il n'apparaissait plus comme fréquentable.

De quel camp est la violence ? La sienne est-t-elle toujours légitime ? Pourquoi la majorité la rejette-t-elle ?

Je ne porte pas de jugement sur sa légitimité, parfois il n'existe pas d'autre forme d'expression possible. Et même si c'est un engrenage délétère, elle n'est souvent que la réponse à une autre violence. Dans le cas présent, côté étudiants, en dehors de l'excitation et l'effet d'entraînement, matinée de provocations divers, le rôle des adultes est plutôt de les écouter et de les aider à formuler leurs revendications et organiser leur mouvement, pas d'en profiter pour les envoyer à la casse, éborgner leur vie et remplir leur casier judiciaire.

Côté gouvernement, la violence n'est pas que physique, c'est une trahison morale et politique. C'est leur envoyer le message que l'on n'a pas besoin d'eux, sinon de jouer le seul rôle assigné, celui de consommer et de se débrouiller, quoi qu'il en coûte, pour ne pas remettre en question la hiérarchie actuelle et faire perdurer ce système pour leurs aînés. En dehors de ça, se ne sont que des délinquants à mater et éliminer.

Ceux qui aujourd'hui rejette la photo dans les manifs semblent habités par une vision, à la fois, passéiste et déconnectée de la réalité. Passéiste, car ils sont nostalgique de révoltes anciennes dont ils ont abondamment été abreuvé d'images nostalgique d'un temps où les luttes semblaient continuelles et gâgnables. Et déconnectés d'un monde saturé de vidéosurveillance, de reconnaissance faciale et de fichage. Ils préfèrent s'attaquer à ceux qui tentent de changer ce monde ainsi que ceux qui en font le récit, plutôt qu'au responsables de cette situation.

Ce n'est pas le travail de quelques photographes amateurs ou professionnels qui va mettre en danger tout un mouvement. Le denis de réalité ne sert que le pouvoir qui aura toujours les moyens d'imposer son propre récit.

Si on ne laisse pas les multitudes s'exprimer, on étouffe toute les alternatives.