13. Les cousins et l'ancêtre
Il y avait de la place dans cette maison qu’on appelait « Le château » pour une ribambelle de cousins, (j’avais 6 oncles et tantes), mais tous et toutes étaient nettement plus âgés. Mais je me faisais très bien, tout seul, un monde auquel ma copine participait gaiement. J’explorais aussi les combles de la maison, dans les odeurs de pommes et de vieux papiers, les archives familiales y dormaient. Je crains d’y avoir mis un certain désordre. On mangeait des noisettes. Une fois toute la bande des cousins fut emmenée à quelques kilomètres dans un village, je me souviens de la place bordée de grands arbres, le sol était en partie en terre, ou recouvert de terre. Au fond il y avait une vaste maison toute en pierre grise. On entrait dans une large pièce qui sentait bon le feu de bois, le sol était en terre battue. Tout autour des armoires cloutées de cuivre, je découvris les lits-clos. C’était la maison de notre arrière-grand-père.
Cet homme avait presque cent ans. Il était impressionnant, très grand, il avait dû être un colosse. Il nous offrit à tous des parts découpées dans un grand gâteau doré sur la table, et un cidre râpeux dont l’amertume est restée dans ma mémoire. Une vraie fête ! On me fit essayer un lit clos. Je regrettais de ne pas disposer d’un pareil endroit à Nantes, pour m’y faire un nid à l’abri du monde. J’ai une photo de lui en gilet et chupenn, ma seule et unique photo de famille.
Le dernier été se termina mal. Une marche ratée, avant-bras gauche cassé, il y avait une deux chevaux au hameau proche, on m’emmena au village. Le médecin, mal équipé, fit une radio, floue, dans le doute il me fixa une attelle. J’avais déjà eu quelques accidents, essentiellement dans la forêt, j’ai à la cuisse une large cicatrice qui avait affolé la tante présente. C’est ma sœur qui arrêta le sang et me mit un pansement. On rentra à Nantes. Je fis la rentrée avec un plâtre.