3. Trouble-fête

Le Japon parti, il restait à la France à reprendre le contrôle de la colonie. Les communistes, entrant par la frontière chinoise, commencèrent une guerre de guérilla puis, en 1946, ce fut l’offensive de l’armée de Ho Chi Min pour s’emparer de Hanoï. Le domaine familial s’étendait en pleine zone de combat, il semblait difficile de faire valoir ses droits dans de pareilles conditions. Il faudra attendre encore 3 ans avant que les conditions ne paraissent propices. Le retour fut décidé pour la fin 1949, la situation semblant favorable avec l’imposition de l’usurpateur fantoche Bao Dai et la perspective du commandement du général de Lattre. Cependant un grain de sable imprévu et non souhaité s’installa au cœur du plan : un deuxième enfant, moi, 7 ans après ma sœur. L’état de santé de ma mère inquiétant la famille, la deuxième grossesse s’avérant pénible, il fallut temporiser. On attendit donc la naissance du trouble-fête pour s’embarquer.

Le garçon naquit fin mars, le Viêt Nam et son nouvel empereur fantoche, totalement sous influence d’une France qui venait de rétablir au canon son autorité sur la colonie, venaient d’être reconnu par les USA. Tout allait de nouveau très bien. Du moins le croyait-on, vu de la métropole. En mai, toute la famille embarqua dans l’enthousiasme à Marseille sur un beau bateau blanc. Le bébé se portait très bien, il supporterait le voyage. La mer était belle, l’avenir radieux.

Haïphong, la Venise du Tonkin, juillet 1950. Il pleut dans le Nord. C’est la saison. À peine arrivés sur les bords du fleuve rouge, tout juste remis d’une traversée pas toujours calme, voilà qu’on apprend que les opérations sur la RC4 tournent mal. Très mal. D’abord Dong Khe en août. Puis en septembre c’est le désastre de Cao Bang, la glorieuse armée coloniale n’est plus invincible du tout, c’est très inquiétant. Plus question de Hanoï et des rizières, ça chauffe trop.

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