2. La toute dernière bombe
1941. La France métropolitaine avait perdu la guerre. Les Japonais commençaient à occuper l’Indochine. Mauvais moment assurément. Ils n’étaient pas drôles, les Japonais. En urgence, toute la famille, beaux-parents, enfants, gendre et même domestique s’embarqua sur un navire pour la France. Destination finale : Nantes, où la famille de mon grand-père possédait des biens et un logement disponible assez vaste pour abriter toute la tribu. Très vite, la cadette se trouva un prétendant, décidément on se mariait vite dans ma famille, qui l’aurait bien emportée vers Paris s’il n’y avait pas eu tant d’Allemands dans les rues. D’ailleurs, les deux gendres ayant bientôt des inquiétudes sur la nécessité de se plier aux obligations du STO, les deux couples se cachèrent quelque temps à la campagne. C’est là que fut conçue ma sœur. Éloignée la menace, le couple aîné repartit vers Nantes et un habitat plus confortable.
Nantes, 1943. Ma sœur avait quatre mois dans son landau, sa mère courait sous les bombes se mettre à l’abri dans la cave de la maison familiale. Le B17 dont on put suivre la trace dans les ruines largua sa toute dernière bombe de l’autre côté de la rue, écrasant à ras de terre la dernière maison du pâté, enterrant du même coup tous ses habitants. Miraculeusement l’immeuble familial fut épargné. Si souvent on m’a raconté cet épisode, je le connais comme si je l’avais vécu.
12 août 1944, Nantes est libérée de l’occupation allemande. On respire. On comptabilise les dégâts. Miraculeusement les biens familiaux n’ont pas souffert des bombardements, mais les affaires ont pâti grandement des évènements. Celui qui sera mon grand-père s’active à redresser les bilans et relancer les activités. Ce fut un peu lent. La guerre cependant continuait, le Japon venait de s’emparer purement et simplement de l’Indochine en mars 1945, jusqu’en août.