3 & 4 juillet @ CRANE lab linktr.ee/cranelab Renaturaliser https://multiphonix.webador.fr

Renaturaliser

Le rapport à la Nature a été dans l’histoire de la musique électroacoustique ou acousmatique une préoccupation constante, venant du fait en partie du point de départ de la création qui est l’enregistrement sonore. Elle a d’abord été rejetée par nos pairs (ou pères) de la musique concrète dans les années 50, pour des raisons sociologiques afin d’accéder au statut de musique à part entière avec un solfège, des éléments de langage et un enseignement au conservatoire supérieur de Paris et suivi de près par le studio de Cologne. Par la suite, elle a rapidement été tenté par l’utilisation de sons naturels dans la composition grâce à des compositeurs tels que Luc Ferrari, François-Bernard Mâche, Alain Savouret, etc. Et il va s’ensuivre que l’influence de la Nature va se porter sur toutes les étapes de la composition, de la prise de son à la spatialisation.

Dès sa naissance, le GMVL (Groupe de Musiques Vivantes de Lyon) s’est positionné pour la « naturalisation » des musiques et l’écoute en concert de sons naturels, ce qui était rare à l’époque. Nous avons créé plusieurs spectacles récurrents, tel le « grand concert d’oiseaux », que Bernard Fort a décliné sous plusieurs formes : « De l’aube à midi », « Le safari dans le noir ». De là est né « le grand concert nature » où les musiques de différents compositeurs proches du studio faisait entendre dans leurs œuvres un rapport intime avec la Nature.

Depuis le début de ma carrière de compositeur, j’ai toujours eu l’intention de favoriser dans le choix de mes sons, qu’ils soient acoustiques ou électroniques, ou issus de prises de sons en studio et en extérieur, des caractéristiques proches d’une écoute naturelle au niveau de leur morphologie, de leur évocation poétique et de leur mise en espace.

Dans le travail de traitement des sons en vue d’un développement, plutôt que de créer des monstres, j’ai toujours préféré travailler sur des variations fines du matériau pour pouvoir favoriser la fusion des timbres, rythmes et matières, et d’autre part, me rapprocher des sons naturels dans toutes leurs acceptions.

Dans la composition même, dans le montage/mixage, mon intention est de faire sentir à l’auditeur qu’il est dans des atmosphères qui vont dans le sens d’un rythme biologique. Bien sûr, ça n’exclut en rien les ruptures, les montées de tension et les relâchements, qui sont aussi des phénomènes naturels.

Ça a été le but de ma grande fresque sonore intitulée « l’Illusion Acoustique » dans laquelle j’ai essayé de créer une ambiguïté d’écoute où le réalisme sonore et l’abstraction posent continuellement à l’auditeur la question de sa position par rapport à la nature. C’est cette attitude qui charge la musique de poésie. Car, comme dans la poésie où l’imaginaire naît du choc des mots, la musique se crée par le choc des images sonores. « Réalisme, surréalisme, sousréalisme ? », telle était la question que se posait Luc Ferrari dans les années 70 dans une émission du GRM (Groupe de Recherches Musicales). Il a d’ailleurs par son œuvre démontré que toutes les positions par rapport à la nature sont possibles, dans la mesure où la cohérence formelle est assurée.

J’ai moi-même expérimenté divers types de matériaux naturels peu utilisés dans les œuvres des compositeurs : Ultrasons de chauves souris très pitchés dans le grave, des sons d’insectes aussi, des poussées de jambes dans le sable ( CD du CNRS), etc. Et, je me suis aperçu très rapidement que les sons naturels pouvaient devenir abstraits par leur musicalisation, et comme je le disais au début, l’idée est de retrouver une autre forme de nature.

En ce qui concerne la spatialisation, j’ai toujours estimé que la répartition des sons était comme un grand écran de cinéma pour l’oreille, avec des plans très lointains, lointains, moyens, proches et très proches, avec des travelings et des zooms. Grâce à la multiphonie ou volumiphonie ( terme inventé par Jean Voguet), j’ai pu réaliser cette impression de se retrouver les yeux fermés dans un espace naturel comme en montagne où l’on entend plus clairement qu’en ville, un avion très loin, une cascade moins loin, des oiseaux proches et des insectes qui tournent autour de moi.

Dans « l’Illusion acoustique », (12 grimoires actuellement : d’ailleurs dans le mot grimoire, il y a grimer : transformer l’apparence de quelque chose, autrement dit de la réalité), il y a l’idée de la conquête de l’espace. Je suis parti d’une composition stéréo, dans les années 70 par manque de moyens et par habitude des diffusions de stéréos multiples pour progressivement ajouter des haut-parleurs en studio et composer autrement l’espace, ce qui m’a amené à 20 haut-parleurs en studio. A 8 Haut-parleurs, j’englobais déjà le public dans un bain sonore avec placements et déplacements des sons. À 16, je gagnais en précision pour chaque plan et à 20 je rajoutais des plans très proches qui me manquaient.


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